C’est bon ?
J’ai perdu tout le monde ?
Je crois bien. J’entends Drum dire qu’il préférerait se refaire une intégrale d’Under The Dome que de jeter un œil à The Honourable Woman.
Allez, voici les 5 Vraies Raisons (Un Peu Plus Futiles Et Donc Beaucoup Plus Importantes) qui m’ont fait regarder l’intégralité de la série en moins de deux semaines.
1 C’est drôle

Pas tout le temps, bien sûr.
The Honourable Woman est d’abord une vraie série d’espionnage qui joue avec sincérité le jeu des codes du genre, elle alterne méticuleusement énigmes et révélations et crée un suspense qui va grandissant.
Mais régulièrement, au milieu de rebondissements plus tragiques les uns que les autres, le personnage incarné par Stephen Rea apporte un recul et surtout un humour bienvenus. Spécialiste du Moyen-Orient pour les services secrets britanniques, il est à quelques semaines d’une retraite plus ou moins forcée. Un brin désabusé mais toujours concerné, il peut se permettre d’agir en dehors des contingences de politique interne de son institution (et d’une façon souvent judicieuse). Son flegme rend ses répliques souvent savoureuses et apporte à la série des bouffées de légèreté sans qu’il n’apparaisse comme le bouffon savant de la série (un stéréotype que l’on retrouve dans le personnage, moins réussi et beaucoup plus en retrait, de l’expert informatique germanique et rigide, mais assez drôle lui aussi).
En outre, sa position de mâle dominé (dans sa vie sentimentale comme des ses affaires professionnelles) et son absence de rancoeur par rapport à ce statut font de lui l’un des personnages masculins les plus attachants et les plus originaux que j’ai vus depuis longtemps.
2 Maggie Gyllenhaal n’est pas la seule femme

La fiction d’espionnage n’est pas réputée pour faire beaucoup de place aux femmes, et, comme le jeu d’échecs, une analogie classique du genre utilisée dans le générique même de la série, on y trouve souvent une femme puissante mais isolée au milieu d’une multitude de soldats de rangs divers qui se livrent les principaux coups.
Nessa Stein (Maggie Gyllenhaal), The Honorable Woman, aurait pu être The Only Woman on the Show.
Il n’en est rien.
En effet, la série inverse les stéréotypes de genre du genre [1]. De l’espion de terrain au ministre des affaires étrangères, de l’agent double au chef des services secrets, toutes les pièces de l’échiquier sont des femmes. Pas une scène où deux hommes en costumes noirs s’échangent discrètement une mallette, pas de scène non plus où un groupe d’hommes vieillissants évoquent les détails d’une conspiration internationale. Dans The Honourable Woman, elles sont remplacées par des femmes en tailleurs élégants qui discutent de l’implication des gouvernements à l’arrière d’une limousine ou bien par l’élimination d’une témoin par une tueuse à gage…
Quant au personnage de pouvoir typiquement féminin, le seul en général, celui dont les compétences sont amoindries par les rumeurs de promotion canapé qui entourent son ascension professionnelle, il est dévolu ici à… un homme (c’est Stephen Rea).
3 Olivia Pope peut aller se rhabiller

Le style vestimentaire de The Honourable Woman est une pure splendeur. Et à côté de Maggie Gyllenhaal, Kerry Washington dans Scandal semble sortie tout droit d’un dépôt vente de Vet Affaires en période de fin de soldes.
Parler chiffons pour une série avec autant de personnages féminins complexes et un univers aussi travaillé pourrait sembler un peu réducteur (et verser dans les stéréotypes de genre), mais cet aspect de la série va au delà du simple plaisir formel.
Je n’ai jamais vu une série où les vêtements participent d’une façon si marquante et si réussie à l’identité visuelle de chaque personnage. Chaque tenue semble avoir été choisie de façon à s’intégrer harmonieusement dans le cadre de l’image tout en étant son élément le plus distinctif. C’est bien évidemment le cas pour toute la distribution principale (pour plus de détails factuels sur les tenues, je vous conseille la lecture de cet article très bien illustré du Gardian), mais après quelques semaines, on conserve en tête grâce des images très nettes de personnages secondaires apparus seulement dans quelques scènes.
Cette caractérisation précise par les vêtements et la mémorisation visuelle des personnages qu’elle engendre chez le spectateur permet de contourner l’un des écueils majeurs de la fiction d’espionnage, à savoir la confusion qu’entraîne la multiplicité des personnages/pions en arrière plan.
Dans The Honourable Woman, aucun souci de ce côté là. A mesure que l’intrigue se complexifie, l’histoire apparaît de plus en plus claire.
Et belle.
4 Nessa Stein n’est pas Jed Bartlett

Ou plutôt Hugo Blick [2] n’est pas John Wells.
Et oui, c’est plutôt positif.
Je sais bien qu’à pErDUSA, on l’aime plutôt bien John Wells. Urgences, Shameless US (tout va bien Iris), la fin de The West Wing… Mais il ne faut pas oublier qu’avec l’aide du président Bartlett, il a résolu le conflit israélo-palestinien en deux épisodes (les deux premiers de la saison 6). Une petite réunion d’une heure autour d’une table à Camp David avec des représentants palestiniens et israéliens, la garde alternée de Jérusalem et l’envoi de troupes américaines dans la bande de Gaza comme gardes champêtres, emballé, c’est pesé, le monde est sauvé.
The Honourable Woman refuse le simplisme et surtout le didactisme. La série n’existe pas pour expliquer les tenants et les aboutissants de ce conflit. Mais elle n’en fait pas non plus un décor géopolitique abstrait pour donner une touche de contemporanéité à une simple histoire de kidnapping. Elle parvient à traduire la relativité et la pertinence de différents points de vue et la complexité qu’il en découle d’essayer de faire bouger les choses sans aggraver la situation. Sans jamais paraître donner des leçons et sans que les enjeux du contexte ne prennent le pas sur l’histoire des personnages de la série.
5 C’est déjà terminé

Huit épisodes, et puis s’en va. C’est une mini-série, une vraie. Qui n’aura pas de suite.
Huit petites heures, et vous pourrez ensuite briller dans les dîners en ville. Quand on vous demandera : « Dis, t’es plutôt True DetectiveALL ou FargoALL ? », vous pourrez répondre « Moi, je dirais que pour la meilleure mini-série de l’année, ça se joue plutôt entre Happy ValleyALL et The Honourable WomanALL ! ».