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How To Get Away With Murder - Critique des premiers épisodes de la série produite par Shonda Rhimes

How To Get Away With Murder: Comment quoi ?

Par Jéjé, le 25 novembre 2014
Par Jéjé
Publié le
25 novembre 2014
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C’était la série de la rentrée que j’attendais le plus. A cause des étiquettes "Made in the Shonda Rhimes Factory" et "Enrichi en diversité et en rôles féminins", forcément.  Mais surtout grâce à son titre. 

Je serai bien incapable d’en donner une traduction française satisfaisante, mais ces quelques mots avaient fait naître chez moi l’espoir d’une série judiciaire qui chaque semaine aurait vu des avocats triturer la loi et les jurisprudences pour faire échapper à la prison des clients factuellement coupables, dont la formule aurait repris les meilleurs éléments des jeux juridiques de The Practice, Law & Order et The Good Wife.

Et ce n’est pas ça ?

Ouh là, non.

La série emprunte beaucoup, ça, c’est sûr. A The Killing, à Scandal, à Lost, à House et à bien d’autres.
Mais pas à Murder One, ni à La Loi de Los Angeles.
La seule chose dont on peut être assuré de ce mélange improbable, c’est que ce n’est pas une série judiciaire.

Annalise Keating, le personnage central, est bien présentée comme la meilleure avocate criminelle de Philadelphie et la meilleure prof de droit du monde. Elle passe bien la moitié des épisodes dans son cabinet ou dans les prétoires, avec sa petite équipe d’apprentis juristes, à défendre chaque semaine un nouveau client. On retrouve bien deux trois expressions issues du "Système Judiciaire Américain pour les Nuls (ie les personnes qui n’ont jamais regardé un épisode de Law & Order de leur vie)" par épisode. 

Mais de la loi, de ses codes, de son fonctionnement, il n’y a rien.
Chaque mini-procès n’est qu’une banale enquête policière dans laquelle les personnages n’ont qu’à trouver le vrai coupable (ou le coupable idéal) pour résoudre l’affaire.
Annalise le confesse elle-même : "You’re no longer a lawyer, you’re a detective in an interrogation room. (1.04)"

Ces histoires remplissent le temps des épisodes qui n’est pas consacré au mystère feuilletonnant qui entoure la mort du mari d’Annalise, un mystère lié à une enquête policière au long cours.

Rien à voir donc avec une série judiciaire.

Mais c’est pas si grave, si ?

Fondamentalement, que How To Get Away with Murder ne corresponde pas à l’idée que je m’en étais faite n’est en rien négatif ou important. 

Le problème, c’est que le décalage entre ce que la série promet et ce qu’elle fait ne semble pas volontaire, la faute à une écriture très faiblarde, qui à en plus le mauvais goût de prendre ses spectateurs pour des abrutis.

La construction pseudo-complexe en allers et retours dans le temps n’a strictement aucun intérêt. Le suspense de l’intrigue feuilletonnante repose simplement sur le fait que les scénaristes ne montrent pas l’ensemble de l’histoire. C’est comme si les monteurs avaient saucissonné une bande-annonce de l’intrigue du winter finale dans chaque épisode en l’allongeant un peu plus de semaine en semaine. 
Le reste des épisodes, dédié plus particulièrement à l’un ou l’autre des protégés d’Annalise, rappelle les plus mauvais moments de Lost. On est dans le syndrome "flashbacks de Kate" où le focus pendant un épisode entier sur un personnage n’épaissit en rien sa personnalité unidimensionnelle. 
Après 20 minutes consacré à Connor, défini dans le pilote comme le gay qui utilise activement sa sexualité pour atteindre ses objectifs, on constate que c’est bien un gay qui utilise activement sa sexualité pour atteindre ses objectifs.
Intéressant...

Venons-en à Annalise Kearing, la meilleure des meilleures, tellement meilleure que chacun de ses étudiants est prêt à se faire hurler dessus et rabaisser dans l’espoir de travailler à ses côtés.
Pas une seule fois, on ne voit à l’œuvre ses capacités professionnelles hors du commun dont on nous rabat les oreilles depuis le début. 
How To Get Away With Murder, c’est un peu comme si à chaque épisode de House, c’était les mignons de Hugh Laurie qui trouvaient la solution et que ce dernier se contentait de prendre un air constipé au moment de féliciter celui qui avait fait tout le boulot à sa place.

Je n’arrête pas de lire des avis dithyrambiques sur la prestation de Viola Davis, qui sauverait à elle seule la série de la médiocrité. Je veux bien croire que ce soit une bonne actrice, mais dans cette série, elle n’a l’air autorisé qu’à ne jouer que deux choses, la patronne qui aboie ses ordres à ses étudiants et l’épouse bafouée au bord de la crise de nerfs. La plupart de ses scènes font sombrer son personnage dans la caricature de l’"intensité", là où Scandal parvient encore en saison 4 a rester sur le fil du rasoir entre le grandiose et le ridicule. 
Annalise Keating apparait ainsi comme un personnage grossier et bruyant dont j’ai fini par me désintéresser complètement.

Pourquoi continuer alors ?

Je n’ai que faire également du mystère principal (une énième resucée de "qui a tué la jolie blonde ?"), je resterai pour les six derniers épisodes seulement pour voir si les scénaristes vont être capable, maintenant que l’histoire devrait être encore plus sérieuse et policière, de continuer à venger le personnage de Matt Fielding et de continuer à enchaîner les scènes de sexe pseudo érotiques en incluant un personnage gay.

Terminons ainsi sur une note (presque) positif. Si How To Get Away With Murder ne marque pas le grand retour des séries judiciaires, elle a réussi à relancer en prime-time l’esprit de Melrose Place et des Dessous de Palm Beach.

C’est (presque) mieux que rien...

Jéjé