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The Wire - Critique de l'épisode 1 de la saison 5

More With Less: The Wire n’est pas Gilmore Girls

Par Jéjé, le 7 janvier 2008
Par Jéjé
Publié le
7 janvier 2008
Saison 5
Episode 1
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On le savait depuis bien longtemps. L’univers des médias, et plus particulièrement celui des journaux quotidiens, fait son entrée dans The Wire pour sa dernière saison.
Dans la précédente, l’ajout du système scolaire public au nombre des institutions (en voie de délabrement) évoquées dans la série avait enveloppé l’ensemble des intrigues, de façon assez évidente, sous le thème général de l’éducation. Carcetti et Marlo Stanfield apprenaient à naviguer dans la cour des grands de leur monde, tandis que Prez découvrait et s’adaptait à un nouvel environnement professionnel.
Peut-on envisager qu’à nouveau le nouvel univers donne le ton de la saison entière ? Pas facile d’y répondre avec uniquement ce season premiere, on le sait maintenant, une saison de The Wire ne peut s’apprécier à sa juste valeur qu’à la toute fin de son dernier épisode.

Mais gardons en tête que The Wire n’est pas Gilmore Girls.
Deux fois sur trois, Lorelei faisait ou disait n’importe quoi dans le pré-générique. En général, c’était hilarant, mais ça n’avait que peu de rapport ou d’influence sur la suite.
Dans cet épisode, avant que l’on n’entende pour la première fois la nouvelle version de Way Down the Hole, on assiste à une scène carrément loufoque à la brigade des homicides. Bunk, Norris (le blanc chauve) et Landsman (le blanc obèse) obtiennent les aveux d’un meurtrier d’une quinzaine d’années en lui faisant croire que la photocopieuse est un détecteur de mensonges. Non, David Simon et ses acolytes n’ont pas tenté une reconversion dans la sitcom. On s’en rend bien compte à la lecture de la phrase-étendard de l’épisode (c’est comme ça que j’appellerai la citation qui s’inscrit en lettres de machine à écrire sur fond noir juste après le générique) qui reprend une réplique de ce passage.
« The bigger the lie, the bigger the believe. » - Bunk.
Elle aurait aussi bien pu être remplacée par celle de Norris.
« Americans are a stupid people by large ; we pretty much believe whatever we’re told. »
Il y a fort à parier donc que cette saison soit sous le signe du mensonge. Du mensonge et de la foi. Pas de la foi religieuse, mais de cette foi qui nous pousse à croire à ce qui nous arrange. Y a-t-il d’autres thèmes qui résonneraient mieux avec le monde des médias ? Allez, un dernier petit indice pour étayer cette thèse. Voici les trois premières phrases de la saison de McNulty (je ne compte la réponse qu’il donne à Sydnor dans son talkie) :
1) « It’s not true. »
2) « Whatever it is, it’s not true. »
3) « You believe everything you read ? »
Allez, espérons que je ne me sois pas complètement ramassé dans mon interprétation de ces premières minutes et voyons où en est le petit monde de The Wire à l’orée de son ultime saison.

On est loin de l’atmosphère suspendue du season premiere précédent où tout le monde semblait être dans l’attente : Carcetti avec les élections, Kima et Lester avec les cadavres, Prez et les gamins avec la rentrée scolaire...
C’est la crise budgétaire à la mairie et les premiers à en faire les frais sont les policiers. Leurs moyens n’ont jamais été mirobolants, les manques de personnel et d’équipement ont toujours été une constante dans la description de leur travail, mais cette fois-ci, le minimum n’est même plus assuré. Les heures supplémentaires ne sont pas payées, les voitures de fonction ne sont plus entretenues... On n’est pas loin de la révolte dans les commissariats de l’East Side.
Du côté de McNulty, le spectateur n’a pas l’occasion de le retrouver bien longtemps en terrain connu, de le voir avec le Scooby Gang traquer Marlo et son équipe pour trouver de quoi les faire tomber pour les 22 cadavres découverts la saison dernière, car, même s’il s’est écoulé près d’une année pour les personnages, le Major Crime Unit est, une fois de plus, dissoute.

Ce n’est pas la première fois que ça arrive, on pourrait se lasser – dans une autre série – de ce ressort récurrent mais l’arrêt provisoire de l’unité est une conséquence inévitable de la crise budgétaire, elle-même conséquence inévitable de toutes les intrigues politico-judiciaires de la série. En deux scènes forcément brillantes (l’un de mes objectifs dans ces reviews est de limiter les superlatifs), l’une entre Carcetti et Norman Wilson (son conseiller) et l’autre entre Carcetti et l’US Attoney, on nous rappelle le noeud fondamental de cette situation : Carcetti vise le poste de gouverneur du Maryland.

Dans cette optique, il a refusé en saison dernière une rallonge budgétaire de l’actuel gouverneur (républicain) pour couvrir le déficit du système scolaire, ne voulant pas paraître dépendant du camp adverse. Cette saison, il refuse également l’aide de l’US Attorney, républicain lui aussi, les procureurs fédéraux sont nommés par le Président lui-même, qui lui proposait d’allouer des agents du FBI à la résolution de l’enquête sur les 22 corps des maisons abandonnées et même à celles d’autres affaires criminelles. Du personnel en plus pour la police, payé par le gouvernement fédéral, Carcetti aurait donc des coupes moins sombres à faire dans le budget de la police pour combler celui du système scolaire. Seulement, en échange, les fédéraux veulent Clay Davis, le sénateur pourri qui avait trempé avec le camp Barksdale en saison 3 et qui avait enflé Carcetti de 20,000 $ en saison 4 pour un soutien virtuel.
Pourquoi ne pas le leur donner ?
On n’oublie pas que Carcetti veut être gouverneur. Et qu’il est démocrate. Comme Davis. Et poursuivi par les Fédéraux, celui-là pourrait très bien conclure un accord qui pourrait faire tomber la moitié de l’administration Royce (l’ancien maire) et éclabousser l’administration actuelle. Et mettre un terme à ses ambitions politiques. Officiellement, ce n’est pas à lui que revient de prendre la décision de changer la juridiction de cette affaire. C’est à Bond, le nouveau State Attorney, de choisir. Qui souhaite garder l’affaire dans son giron (bon pour Carcetti et les Démocrates) pour s’en faire un trophée qu’il pourra brandir lors des prochaines élections municipales (moins bon pour Carcetti s’il décide de ne pas se lancer dans la course au poste de gouverneur).
Si les scènes sont brillantes, c’est qu’elles exposent avec clarté et en deux fois moins de mots ce qu’il y a dans ce petit récapitulatif. Et qu’à chaque réplique, la situation devient de moins en moins inextricable pour Carcetti qui peine à garder la tête hors de l’eau.
On se rappelle avec délectation le petit mensonge – oh, ça alors ! - qu’il s’était fait à lui-même pour se convaincre de refuser l’argent du gouverneur en saison 4 : « Si je deviens gouverneur, je pourrais faire plus de bien à Baltimore ». Pauvre Tommy !

Dans ce contexte, les chefs de clans dans la rue ont moins à s’inquiéter de la police que de leurs propres rivalités internes. Marlo ne s’intègre toujours pas très bien dans la co-op de Proposition Joe, qu’il s’amuse à provoquer lors d’une de leurs grandes messes régulières. Mais plus que le partage des territoires, ce qui intéresse Marlo, c’est les sources d’approvisionnement de Joe. C’est pour cela qu’il envoie Chris, son fidèle bras droit, faire quelques recherches au tribunal sur des membres de l’organisation du Grec. C’est l’occasion d’une rencontre pour le spectateur, puisque Chris demande son chemin dans le hall à Rhonda et Cedric. Incongru et jouissif ! C’est surtout une piste assez excitante qui semble marquer le retour sur le devant de la scène du Grec et de ses amis de la saison 2.
C’est également dans la rue que l’on prend des nouvelles des gamins de la saison passée, d’une moitié d’entre eux, en tout cas. Pas de surprise, Michael est devenu un lieutenant respecté de Marlo. Il est aussi le protecteur de Dukie qu’il tente d’écarter du corner dont il a la charge. Son manque d’étoffe ne peut en faire qu’une cible facile.
Dukie est peut être l’un des personnages les plus déchirants de toute la série, c’est vraiment le pauvre gars qui n’a sa place nulle part. C’est celui qui a le plus de chance de finir au bas de l’échelle de l’économie de la drogue, en devenant un simple toxicomane. Il n’est même pas un Bubbles en devenir, puisqu’il n’y n’a ni son bagout ni sa rage de vivre. Bubbles qui est la petite source d’espoir de cet épisode puisqu’il est quasiment le seul personnage qui va mieux par rapport à la saison dernière. (Mais dans The Wire, le positif est anxiogène, on sait très bien qu’il ne va durer qu’un temps). Il semble avoir décroché, il est hébergé chez sa soeur, il a même un prénom. Reginald.
Hmm, pas étonnant qu’il ait sombré dans la drogue !

On ne s’intéresse qu’assez tard dans l’épisode au Baltimore Sun, la grande nouveauté de la saison. Et... là aussi, surprise, le moral n’est pas au plus haut. On apprend dès les premiers instants que les équipes de reporters se réduisent, que des postes de correspondants à l’étranger sont supprimés. Lors de la conférence de rédaction, il est expliqué avec condescendance aux journalistes présents qu’il faut « faire plus avec moins ».
« Someday, I’d like to find out what it’s like to work in a real newspaper ! » est l’une des premières répliques entendues dans ce nouvel univers.
« I want to feel what it’s like to work a real fucking police department ! » est la dernière phrase de McNulty au Major Crime Unit.
Une chose est bien claire, police, journal, les bateaux sont les mêmes. Et ils sombrent.
Pourtant, l’épisode se focalise sur une réussite. Bien que désabusés, les anciens continuent de faire leur travaill. L’éditeur chargé des affaires de la ville repère dans un compte-rendu du conseil municipal que la mairie a échangé une propriété d’une valeur de 1,200,000 $ à Ricardo Hendrix, un dealer notoire et contributeur des Démocrates contre une autre d’une valeur estimée à 200,000 $. A ce moment, The Wire prend des airs de His Girl Friday, les reporters partent prestement chercher les citations des intéressés, au conseil municipal et dans un club de strip-tease. On s’attendrait presque à voir Cary Grant débarquer et taper sur une vieille Remington Portable. L’article fait la une et tout le monde fête ça au pub.
On peut parier que la saison ne va pas aligner les séquences de ce type. Et envisager ce passage comme une réminiscence d’un journalisme à l’ancienne, une situation anachronique de travail bien fait qui va s’opposer aux suivantes ancrées dans la réalité économique contemporaine.
De plus, au deuxième plan de cette histoire traîne un petit novice qui semble pressé de se faire un nom. Il me semble être un candidat tout désigné pour ouvrir les pistes sombres de cet univers.
Cette petite affaire immobilière sera peut-être l’occasion de faire revenir au premier plan Maurice Levy, l’avocat de l’organisation Barksdale... puisque c’est lui qui représente Ricardo Hendrix. (On se doute bien que cette histoire ne va pas s’arrêter là). Levy s’est trouvé un enquêteur avec de nombreuses connections dans la police en la personne de Herc. S’il se vérifie que la thématique de la saison s’axe autour du mensonge, la présence des avocats et de leur entourage paraît bienvenue et incontournable.

Jéjé
P.S. Très touffu, ce season premiere intègre (faut-il le préciser avec brio) l’ensemble des intrigues des saisons passées (comme d’habitude, en fait) et ouvre un large panel de nouvelles pistes. Il augure d’une saison encore plus dense que les précédentes.
Rhaaa, si l’attente entre cette saison et la précédente a été longue, chaque semaine entre deux épisodes va durer une éternité.
La suite...