Les enjeux sont immenses.
Qu’est-ce que c’est ?
Il s’agit d’une série qui, c’est original, est adaptée d’un format étranger [1].
Hostages est à l’origine un script développé en 2012 pour la télévision israélienne, qui n’avait pas dépassé à l’époque le stade de la pré-production. Il a cependant attiré l’attention d’Alon Aranya, scénariste à Hollywood récemment spécialisé dans les adaptations de séries étrangères. Il dirige depuis près d’une année une boîte de production, qui a déjà pour cette saison vendu aux networks plusieurs projets (dont le navrant Betrayal et le remake prochain de Rettùr, une série judiciaire israélienne assez sympathique [2]).
Depuis la mise en oeuvre de l’adaptation américaine, la chaîne israélienne a exhumé sa version qu’elle doit mettre à l’antenne dans les prochaines semaines [3].
Je crois que si je m’étends autant sur les origines de Hostages, c’est que je me rends compte que c’est une histoire bien plus intéressante que tout ce que la série propose depuis déjà quatre épisodes.
De quoi ça parle ?
D’un groupe de conspirateurs très puissants qui a décidé que la meilleure façon d’éliminer discrètement le Président des États-Unis consiste à faire du chantage à un agent du FBI (Dylan McDermott) pour qu’il force le chirurgien (Toni Colette) du dit président à le faire mourir sur la table d’opération.
L’agent du FBI et sa petite équipe menace la famille du chirurgien qui va découvrir qu’il n’y a rien de mieux qu’une petite prise d’otage pour resserrer ses liens...
Et c’est bien ?
Je tire l’essentiel de mes connaissance concernant les théories sur la fiction de... Basic Instinct.
Pour d’autres, ce sont les lectures d’Umberto Ecco, de Jean-Marie Schaeffer ou de Thomas Pavel, pour moi, c’est le moment où Sharon Stone explique sur la plage à Michael Douglas que tout le talent du romancier vient de sa capacité à favoriser la suspension d’incrédulité chez son lecteur.
Et bien, manifestement, les scénaristes de Hostages n’ont pas le savoir-faire de Catherine Trammel pour empêcher le spectateur de lever les yeux au ciel à chaque instant.
Car, rien ne fonctionne.
Jamais.
Que ce soit du point de vue des rebondissements, des personnages, des cliffhangers...
A aucun moment.
Que ce soit dans le pilote, le deuxième, le troisième ou le quatrième épisode.
(J’ai eu une riche idée quand j’ai proposé une alternative aux reviews automnales des pilotes…)
Le problème commence avec le plan "extraordinaire" des méchants (qui sert de concept à la série).
Il tombe dès le pilote dans le plus gros travers des histoires de conspiration : la sur-abondance d’agents comploteurs à tous les étages de la société.
Au bout d’une vingtaine de minutes, il devient impossible pour le spectateur de ne pas mettre en question la crédibilité des raisons qui pousseraient une organisation si puissante à recourir à un plan si tarabiscoté nécessitant l’intervention de citoyens lambda.
Passons. Disons que pour Toni Colette, on soit prêt à faire tous les efforts possibles (même celui d’oublier la nullité du jeu "tellement intense" de Dylan McDermott). Ce plan, ridicule sur le papier par le nombre de variables qu’il inclut, pourrait à la limite fonctionner comme série s’il y avait un enchaînement vif des rebondissements qui empêcherait le spectateur de se poser et de réfléchir à la situation. Un peu à la Vampire Diairies de la grande époque.
Mais les scénaristes ont décidé de créer le suspense par le délayage et la multiplication d’intrigues secondaires.
Alors même que les vies du président des États-Unis et de toute cette famille sont en jeu, la série fait des pauses pour nous parler de la grossesse que la fille de Toni Colette cache à tout le monde, pour passer du temps avec le fils qui trafique un peu de drogues dans son lycée, pour explorer la relation adultère du mari de Toni Colette.
Le pire, c’est que ces intrigues sont placées au même plan que la trame principale.
La série en arrive alors à faire dire à la fille, qui a quand d’autres problèmes que d’avoir des armes braquée sur elle et ses parents depuis plusieurs jours, sur un ton excédé, à sa mère : "Why didn’t you just kill the president ?" (1.02)
Et comme elle ne sait pas très bien quoi faire des preneurs d’otages dans ces moments-là, et bien, elle les inclut dans ces histoires. Dylan McDermot, par exemple, dans deux scènes surréalistes de débilité, va cacher le test de grossesse de la fille (1.01) et, étant pris pour le père de la famille par le petit ami de celle-ci, va refuser sa demande en mariage (1.03), parce que lui aussi, il est père, père d’une petite fille.
Pas un seul moment, on ne croit à ce que l’on voit à l’écran.
On ne voit que les grosses ficelles de scénaristes incapables de faire durer une histoire qui aurait été résolue en demi-heure dans un épisode de Castle.
Ridicule.
Merci CBS pour avoir cassé la tradition et pour me forcer à révéler que c’est sur la CW qu’il y a mon drama favori. [4]
[1] Sur le sujet, je conseille la lecture de l’excellent papier de Ladytureki.
[3] Source : Times Of Israel
[4] Un bien grand mot, disons plutôt le drama qui me navre le moins.