Late Editions : Best TV Show Ever
C’est bien simple : lorsque j’ai achevé le visionnage de cet avant dernier épisode de La-meilleure-série-de-tous-les-temps, je n’ai pu m’empêcher de me demander ce qui avait bien pu arriver à Jéjé pour qu’il n’écrive pas une review de ce qui illustre, selon moi, la raison d‘être d‘un perdusien. Pour faire court, si je regarde des séries télé, ce n’est pas pour râler devant, ni en dire du mal, ou m’ennuyer. Si j’en regarde, c’est pour pouvoir m’accrocher à mon siège quand un personnage que j’aime est en danger, rire de la défaite de ceux que je déteste, pleurer devant un destin tragique ou même insulter un personnage dont je trouve les actions honteuses. Et je me félicite que quiconque aimant cette série n’ait pas découvert cet épisode en ma compagnie : je lui aurais sans doute ruiné tout plaisir avec mes commentaires aussi dispensables que sincères. Mais à présent, assez parlez de moi (non, n’insistez pas), il est temps de passer à la review.
Under Arrest
Après l’interminable subterfuge du tueur de SDF, les magouilles de Mcnulty et Freamon vont enfin porter leur fruit. En début d’épisode, c’est un Lester sur le point d’exploser que l’on retrouve à coordonner les équipes qui surveillent Marlo. La tension est à son comble. On redoute le pire. Avec cette série, le happy end n‘est pas de rigueur. Quand des auteurs osent descendre le plus charismatique des gangster gay alors qu’ils avaient fait monter la pression pendant des épisodes, nous faisant croire que le tout se terminerait dans une lutte sans merci entre deux génies du crimes, on est en droit de craindre le pire quant à la tournure de l’enquête illégale mais ô combien morale menée par Jimmy et Lester.
Tandis que le maire Carcetti reprend le flambeau des statistiques qu’il avait juré d’éteindre et demande à la police une baisse de 10% de la criminalité, Lester apporte sur un plateau toute l’organisation criminelle de Stanfield. Et c’est sous des yeux ébahis, ravis, criant victoire, que se jouent les multiples arrestations (pour la plupart hors champ d’ailleurs). Un à un, les lieutenants de Marlo tombent dans les filets de Lester. La police saisit des dizaines de kilos de drogue. Quasiment tout le gang est pris en flagrant d’élit. Lorsque les unités d’assaut débarquent dans l’entrepôt, dans une brève scène d’action très peu utilisée par la série, autant dire que j’étais hystérique. Quel plaisir de voir Bunk savourer un cigare devant ce psychopathe de Chris, enfin arrêté pour l’un de ses crimes. Quel délice, cette confrontation silencieuse entre Marlo et Lester où celui-ci fait appel à l’intelligence du gangster en lui montrant silencieusement les éléments qui ont permis sa chute.
Mais il y a un hic. Nous ne sommes qu’au début de l’épisode. Et on sait que si un épisode commence si bien, nous offre de tels moments de joie, c’est généralement pour mieux nous anéantir.
You are so butch
Bien sûr, il y a, pour commencer, la honte de voir Carcetti profiter si pleinement des retombées positives des 16 millions de saisies de drogue. Mais il fallait s’y attendre. Cela fait bien longtemps que Carcetti ne nous trompe plus avec ses beaux discours. Ses ambitions politiques l’aveuglent et lui font perdre de vue les nobles convictions qui, j’aime à le croire, l’habitaient au début de sa carrière. Mais au moins, nous voilà rassurés sur un point : sa politique du « donnez-moi des résultats, peu m’importe comment » nous laisse supposer qu’il ne cherchera pas à savoir comment une telle opération miracle a pu être montée. Il n’est sans doute pas naïf, le petit maire, mais il se moque bien que les fonds alloués à l’enquête des SDF aient été détournés. C’est un politicien. Ce genre de petits complots, il en mange au petit déjeuner. Si les policiers ont eu le cran de se servir du système pour lui offrir une vraie victoire, c’est tant mieux. Du moins, tant que ça reste officieux. Pas sûr qu’il réagisse de la même manière quand on lui confirmera l’escroquerie.
Et c’est bien sur ce point que l’on voit progressivement l’épisode s’attarder. Sortie de nulle part, Kima se hisse sur ses grands chevaux et accuse Jimmy d’avoir monopoliser les effectifs de la police pour une enquête chimère. Ce qu’il a fait est honteux selon elle. Et en demandant conseil à Carver, elle décide d’aller dénoncer McNulty à Daniels.
Autant être direct, je ne croyais pas Kima capable d’autant d’hypocrisie. Si elle avait vraiment eu un problème d’éthique avec les méthodes de Jimmy, pourquoi n’est-elle pas allée voir Daniels dès qu’elle a découvert le pot au rose ? La vérité, c’est que ça l’arrangeait bien qu’on finisse par coffrer Marlo. Elle aussi, elle veut le voir croupir en prison. Mais voilà qu’une fois que l’arbre à donné ses fruits, elle saisit une hache pour l’abattre. Elle se trouve soudain une conscience professionnelle et choisit de dénoncer son collègue - son ami ! - pour avoir fait ce qui s’imposait dans un système tellement sclérosé qu’il abandonne une enquête sur 22 meurtres par manque de budget. La trahison est d’autant plus grande que Jimmy l’avait mise dans la confidence car il se sentait coupable de la voir bosser sur l’enquête du tueur en série. Ce qu’elle fait est honteux, indigne et détruit à jamais toute la sympathie que je pouvais avoir pour le personnage. Plus que tout, c’est une réaction stupide et, à mon sens, symptomatique d’un personnage qui n’a pas voulu se donner l’effort de réfléchir au problème. Personne ne tient ses promesses. Tout le monde dupe tout le monde. Les policiers se retrouvent victimes du système, incapables de faire leur travail. Jimmy a joué au politique. Il a détourné des fonds, créé de toute pièce un tueur en série, pour enfin faire ce qui est juste.
Non seulement, je pense que Kima a eu tort de dénoncer Jimmy, mais je crois aussi que les répercussions de cette dénonciation s’étoufferont. Car il faut le reconnaître, si cette affaire s’ébruitait, si l’on apprenait que devant la pression médiatique et sentant un vent favorable pour les SDF, Carcetti aurait soudainement trouvé de l’argent et permit aux policiers de faire le travail qu’ils étaient censé faire à la base, ça ne donnerait pas une magnifique image du (peut-être) prochainement gouverneur Carcetti.
In your face mother fucker
L’un des grands moments de l’épisode, c’est lorsque, surgi d’outre tombe, le fantôme d’Omar parvient à enquiquiner Marlo derrière les barreaux de sa prison. Avant de se faire lâchement abattre par un petit con, la légende sur pattes cassées avait crié dans la rue que le nouveau caïd n’était qu’un lâche, un vaurien pas même fichu de savoir se battre. Quelqu’un qui envoyait ses propres hommes au combat alors que lui, Omar, l’attendait courageusement.
Cette insulte est d’autant plus jouissive que Marlo réalise qu’il ne pourra peut-être jamais la faire taire. Emprisonné, il est incapable de redonner à son nom la gloire qu’il s’était tué à lui apporter. Ce jeune psychopathe incroyablement intelligent s’est fait prendre. Le voilà qui perd son sang-froid et hurle sur ses hommes. Pourquoi ne l’a-t-on pas averti que cette pédale médisait sur son compte ? Ce mensonge doit être lavé. Pour la première fois, on voit tomber le masque froid de l’impénétrable Marlo et on savoure sa défaite comme si elle nous appartenait. On rit pour Omar qui depuis l’au-delà, doit bien s’éclater.
Tandis qu’il discute avec son avocat véreux de la possibilité d’une taupe au sein de son organisation (une scène d’une délicieuse ironie quand on sait que Marlo est tombé par la faute de Levy), Marlo pense à Michael, son jeune poulain à grande gueule qui laisse filer les enfants des fusillades. Peut-être est-ce lui la taupe. Oui peut-être.
Malgré tous ses crimes, malgré sa décadence, une partie de moi s’est mise à flipper pour Michael. Je ne sais pas si c’est parce que je l’ai connu innocent, à une période dont, d’après ses dires à Duckie, il ne garde aucun souvenir. Ou simplement parce que l’acteur est quand même vachement mignon. Mais je priais pour que Michael ait assez de jugeote et ne finisse pas comme un Bodie, exécuté dans une sombre allée. Mais non, Michael est bien plus futé. Et quand il pointe son arme sur Snoop, bon sang, j’ai rarement eu autant le sourire aux lèvres devant une exécution sommaire. Un « Bye-bye » a même du passer ma bouche. Cette psychopathe hermaphrodite mangera les pissenlits par la racine et c’est bien fait pour elle.
Way Down In The Hole
Deux histoires se répondent comme un écho dans cet épisode : celle de Bubbles et celle de Duckie. Tout deux sont à un moment déterminent de leur vie. Ils sont chacun au bout d’un tunnel. L’un vient d’en sortir, l’autre s’apprête à y entrer.
Du fait de l’exécution de Snoop, Michael est contraint d’abandonner son frère chez sa tante et de laisser tomber Duckie. Lors d’une scène très touchante où le jeune et nouvellement sans-abri évoque des souvenirs de jeunesse avec son ami, on réalise que Duckie est le reflet de Bubbles quand il était plus jeune. Ce n’est pas un gangster, ni un miraculé comme Namond (dont les quelques scènes avec Colvin et le maire faisaient plaisir à voir), c’est un jeune homme perdu qui n’a jamais eu beaucoup de chance. Le seul ami qu’il a est un Bubbles 2.0, pas encore sorti de son addiction.
Quand Duckie se retrouve face à cet homme en train de s’injecter de l’héroïne, il se tourne vers Michael, mais son ami est déjà parti. J’espérais de tout mon cœur que Duckie ferait machine arrière, qu’il irait retrouver son bon vieux prof Prezbo (que l’on n’a toujours pas eu le plaisir de retrouver pour une scène cette année) et que, lui aussi, il parviendrait à changer le court de sa destinée. Mais rien à faire. Duckie marche lentement vers son mentor toxicomane. Il entre dans le tunnel. Peut-être pour ne jamais en sortir.
Quant à Reginald aka Bubs, il parvient enfin à parler de la mort de Sherrod à son groupe de soutien. Sa confession est déchirante. C’est avec un plaisir immense que l’on découvre ce personnage sur la voie de la guérison. La saison 4 l’avait laissé suicidaire et dévasté par le chagrin. Celle-ci lui offre une fin plus douce. Le deuil le fait encore souffrir, mais plus autant qu’avant. Il continue d’avancer, continue de lutter contre ses envies de drogues, quelles qu’elles soient. Et ce, sans même le soutien de quiconque. Aujourd’hui, il est capable de dire « non » tout seul. Il est définitivement sorti du tunnel et n’a aucune envie d’y retourner. C’est une belle fin pour ce personnage aussi unique qu’attachant.
Enfin, l’intrigue autour de Scott, le journaliste mythomane, se poursuit dans cet épisode. Si toute la mise en place de l’affaire du tueur en série m’a convaincu dans son intention et sa mise en évidence du rôle des médias dans les décisions politique, je trouve le temps d’antenne accordé aux petits problèmes du Sun, et aux bobards écrits par Templeton, un peu trop important. Ce n’est pas que l’histoire est mal écrite. On sent le vécu derrière. La scène avec le mutilé de guerre et ses prothèses était fascinante. Seulement, en ce qui me concerne, je n’ai pas réussi à réellement m’attacher aux journalistes. Tous. J’attends de voir la conclusion de tout ça pour vraiment juger. Mais pour le moment, même si les journalistes étaient plus connectés à l’affaire principale, j’ai préféré les chroniques d’un collège de Baltimore. Et j’aurais bien aimé qu’on y retourne un petit peu, au collège.