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Weeds - Retour sur le début de la dernière saison de Weeds

Red in Tooth and Claw: Bilan des 5 Premiers Épisodes de la Saison 8

Par Tigrou, le 11 août 2012
Par Tigrou
Publié le
11 août 2012
Saison 8
Episode 5
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Weeds est de retour depuis 5 semaines ! Et ce retour se fait dans l’indifférence générale, à en croire l’absence de réaction sur le forum de pErDUSA (mon étalon référent de ce qui se passe sur tous le web sériephile).

Pourtant, dans cette série très inégale, la Saison 8 – qui sera la dernière - se profile pour l’instant comme un excellent crû.

La loi de Ju des saisons paires

Dans Weeds, selon une règle mathématique complexe découverte par Ju, ce sont les saisons paires qui sont bonnes (contrairement à Six Feet Under où les saisons impaires sont les meilleures : c’est scientifique).

Il faut dire que ces saisons paires sont souvent celles où la série s’attaque à ce qu’elle sait faire de mieux : se réinventer après un passage à vide (dans une saison impaire toute pourrie).

En saison 4, alors que la série commençait sérieusement à tourner en rond dans la banlieue d’Agrestic en saison 3, Nancy et sa famille abandonnent la moitié du casting derrière eux pour partir s’installer sur la frontière mexicaine. Résultat : si on oublie Celia cocaïnomane, une excellente saison.

En Saison 6, rebelotte : après une saison 5 catastrophique (et un magnifique cliffhanger), les Botwin abandonnent Celia et les cartels mexicains derrière eux pour partir faire road trip vers le Canada. Encore une excellente saison.

La Saison 8 ne déroge pas à la règle : après un passage sans grand intérêt à Manhattan, qui s’était soldé par le cliffhanger le plus faible de toute la série (Nancy… se fait tirer dessus ?), les Botwin s’installent en banlieue dans le Connecticut pour vivre dans une grande maison avec la sœur de Nancy et ses filles (et Doug aussi, malheureusement), et élever tous ensemble le fils americano-mexicain de Nancy tout en dealant de l’herbe. Prends ça dans ta gueule, Modern Family !

Un retour aux sources bienvenu

Mais si la Saison 8 tranche pour l’instant avec les 4 précédentes, il ne s’agit pas cette fois d’une véritable réinvention. On peut plutôt parler de retour aux sources. La série retrouve son cadre d’origine (la banlieue), ramène une intrigue des premières saisons à la surface, et passe une partie des intrigues de l’an dernier au second plan pour se recentrer sur les relations de ses personnages principaux. Même le générique est de la partie, puisqu’il reprend sa forme des premières saisons (la chanson qui change à chaque épisode).

Bon, un retour aux sources, ce n’est pas particulièrement original pour une ultime saison… C’est parfois même un constat d’échec un peu paresseux (on n’a pas réussi à faire évoluer la série, alors on revient à ce qui marchait au début). Mais, quand c’est bien fait, c’est toujours efficace, surtout pour une série comme Weeds qui s’est tellement transformée au fil des années.

Dans ces premiers épisodes, la série parvient à retrouver ce qui faisait le charme de ses débuts : une critique acide de la vie en banlieue (à mille lieues des piques finalement très consensuels de Desperate Housewives – que la plupart des média mainstream considéraient à ses débuts comme le summum de l’insolence). Et, comme dans toutes les bonnes saisons, elle profite de ce changement de cadre pour se recentrer sur ce qui a toujours fait son intérêt : la vie de famille de Nancy et sa relation avec ses enfants.

Celia 2.0

Cette impression de retour aux sources est aussi renforcée par le personnage de Jill, la sœur de Nancy, qui a rejoint cette année le rang des personnages réguliers : une mère de famille névrosée qui part en vrille, et qui n’est pas sans rappeler la Celia des débuts – celle qui était drôle, méchante, et pas insupportable.

Jennifer Jason-Leigh, qui l’interprète, est un excellent ajout au casting. Elle a su trouver le bon équilibre entre les côtés outranciers (et drôles) du personnage et un jeu plus en retenue dans les scènes plus dramatique, ce qui lui permet de tenir la barre haute face à Mary Louise Parker et Justin Kirk. Sa présence m’a fait réaliser que Weeds manquait vraiment d’un personnage féminin « fort » pour contrebalancer l’omniprésente Nancy dans ses dernières saisons.

La vraie bonne idée des scénaristes avec Jill, c’est d’avoir choisi un « nouveau » personnage qu’ils pourraient intégrer facilement à la famille Botwin. Alors que, dans les saisons précédentes, les guest stars n’interagissaient qu’avec un personnage précis, Jill s’intègre dans les intrigues de Nancy et Andy (et maintenant dans celle de Doug – il fait chier ce Doug). Elle permet aux scénaristes d’apporter un peu de fraîcheur à la série tout en cantonnant leurs storylines au clan Botwin, et de renforcer le thème de la saison au lieu de l’éparpiller.

La saison de la maturité ?

On aurait pu craindre qu’en réadoptant un concept qu’elle avait dû abandonner après 3 saisons pour ne pas tourner en rond, cette 8ème saison de Weeds ne fasse doublon.
Heureusement, malgré les nombreux éléments empruntés aux premières saisons, les scénaristes font évoluer un aspect central de la série cette année : son héroïne ! La vraie nouveauté de cette saison, et ce qui fait tout son intérêt pour l’instant, c’est en effet le travail effectué sur le personnage de Nancy, qui semble chercher un moyen de se racheter auprès de sa famille après 7 années d’erreurs et de négligences.

En effet, après s’être pris une balle dans la tête dans le premier épisode, notre héroïne a une « épiphanie » et réalise qu’elle est une horrible, horrible personne (sans blague !). Et, pour la première fois en 8 ans, elle semble sincèrement avoir envie de changer…

La façon dont ce changement est amené n’est pas particulièrement fine, mais, après 7 ans passés à regarder Nancy commettre encore et toujours les mêmes erreurs par paresse et par facilité, je suis ravi de voir enfin le personnage se remettre en question.

Alors que j’attendais cette évolution en Saison 7 (après sa sortie de prison), j’avais été assez déçu de voir Nancy et la série retomber si vite dans leurs vieux travers.
J’ai craint au début que l’évolution initiée dans cette Saison 8 ne soit (encore) qu’une passade avortée après seulement quelques épisodes. Aussi, j’étais très content et soulagé quand, à la fin du cinquième épisode, Nancy renonce à résoudre ses problèmes financiers en vendant l’herbe qui vient de lui tomber toute cuite dans le bec.

Est-ce qu’elle restera sur cette voie jusqu’à la fin de la saison ? L’arrivée dans la série d’un autre personnage – un rabbin séduisant rencontré séparément par Andy et Nancy, qui les incite tous les deux à s’interroger sur les changements qu’ils peuvent apporter à leur vie – m’incite à penser que les scénaristes veulent cette année explorer en profondeur cette piste narrative sur laquelle ils se sont rarement attardés.

(Je n’ai pas encore vu la suite. Donc peut-être que je suis complètement à côté de la plaque, et que Nancy va laisser tomber ses efforts dans le 6ème épisode de la saison, passer à l’héroïne et se remettre à ne penser qu’à elle jusqu’au final. C’est très possible. On verra bien.)

La scène où Nancy rencontre ce rabbin illustre d’ailleurs assez bien cette volonté de la série d’explorer un côté différent du personnage cette saison. Elle sort d’une piscine, le trouve attirant et tente de le séduire… Mais alors qu’on s’attend à une scène très classique de Weeds (le plan cul annuel de Nancy avec un beau gosse), il la repousse gentiment, et leur relation s’établit à un autre niveau.

Je suis en général assez peu réceptif aux personnages religieux, mais dans une série aussi chaotique que Weeds, voir les personnages s’interroger sur le sens de leur existence et sur son côté moral m’intéresse beaucoup…

Un recentrage réussi sur la famille Botwin

L’évolution du personnage de Nancy a aussi un autre intérêt. Elle permet aux scénaristes de se recentrer sur ce qui a toujours été le cœur de leur série : la famille Botwin et son équilibre fragile.

Nancy a beau être une horrible, horrible personne, difficile de ne pas être ému quand elle réalise que sa famille fonctionne sans elle, et que son fils Esteban ne s’adresse pas à elle quand il fait un cauchemar.

Non seulement cette évolution donne de la matière à Mary Louise Parker à chaque épisode (et pas que dans le Season Finale), mais elle permet aussi aux autres acteurs de briller : Hunter Parrish et Alexander Gould, qui interprètent respectivement Silas et Shane, se sont transformés en excellents comédiens au fil des saisons, mais ils ne sont jamais meilleurs que quand ils sont réunis à l’écran avec leur mère.

Surtout, quand ils se retrouvent tous ensemble, les Botwin ont quelque chose qui leur manque cruellement quand ils sont couplés avec d’autres personnages : ils sont attachants, et on a envie de voir cette famille dysfonctionnelle s’en sortir.

Une saison décisive pour la série ?

En écrivant ce texte, je réalise que j’ai peu abordé la partie comédie de la série dans ce début de saison… Il y a pourtant des moments très drôles mais, ce qui fonctionne le mieux cette année pour l’instant, c’est le côté drama. La série me semble moins extravagante mais plus touchante, les personnages moins drôles mais plus attachants, et on a même droit à des épisodes assez poétiques, comme celui où Nancy se baigne la nuit dans la piscine de son voisin.

La série avait déjà sacrifié la comédie au profit du drame dans certaines saisons, avec plus ou moins de succès (la Saison 5 s’était royalement plantée dans son dosage selon moi). Mais cette année, le drame ne repose pas sur des histoires de drogues ou de cartel ou sur une menace qui pèserait sur Nancy, mais sur les personnages et leurs relations.

Jenji Kohan a confié récemment dans une interview qu’elle ne savait pas encore comment elle allait finir sa série. Alors qu’on aurait pu s’attendre à une fin à la The Shield vue les saisons précédentes (Nancy perd de plus en plus le contrôle et finit par être rattrapée par ses erreurs), la série semble pour l’instant s’orienter vers une fin plus positive, une rédemption du personnage…

Au final, Weeds aura toujours été une série étrange et assez fascinante. Semblant par moment très maîtrisée et par moment complètement brouillonne (et souvent les deux), ne se cantonnant jamais à un seul ton, elle a oscillé pendant 8 ans entre la poésie et la vulgarité, l’humour et le drame, le génie et le bâclé.

Cette dernière saison de la série sera pour moi l’une des plus importantes, car les scénaristes doivent y conclure le seul arc « constant » de ses 8 saisons : celui de Nancy. Ce qui est en jeu, c’est l’ambition de la série toute entière. Au fil des années (et des déceptions), beaucoup de fans de la première heure ont revu leurs attentes à la baisse pour ne voir dans le show de Jenji Kohan qu’un divertissement inconstant. En achevant l’arc de son héroïne de façon satisfaisante dans sa dernière saison, c’est peut-être bien Weeds dans son ensemble qui réussira se racheter. Et à s’imposer, enfin, comme une grande série formant un tout cohérent.

Tigrou