Time Has Come Today: I will love you soonish
Cette reprise plutôt réussie de Grey’s Anatomy est dans la droite lignée de la fin de saison passée, à savoir plus axée sur la détresse des personnages.
Shepherd s’est enfin décidé à quitter sa femme et l’avenir du couple vedette est dorénavant entre les mains de Meredith. Contrairement à sa mère vingt ans auparavant, elle a gagné face à l’épouse. Elle pourrait se réjouir si Finn n’était pas entré dans la partie, et celui-ci semble prêt à se battre également pour elle (allez savoir pourquoi ils sont tous dingues d’elle). Deux mecs sexy à ses pieds, c’est une situation très dure, mais Meredith est courageuse. « Non, je n’ai pas le droit de me plaindre de ma vie trop difficile dont voici les détails, Izzie souffreuh ! », clame-t-elle à sa copine robotique, avec son expression bien connue de fausse ingénue. Parce que c’est quand même elle l’héroïne, elle qui a son nom au générique et doit attirer l’attention !
Tant qu’elle hésite, cela permet à Finn de rester dans les parages et je ne m’en plaindrai pas. Repartir dans les niaiseries amoureuses du début entre Meredith et Derek n’aurait rien de palpitant. Le pentagone amoureux McVet/Meredith/McDreamy/Addison/McSteamy est si délicieusement compliqué qu’il n’a pas intérêt à briser de si tôt.
Addison, justement, commence à broyer du noir après la découverte d’une petite culotte que l’on sait appartenir à Meredith, puis se retrouve particulièrement touchée lorsqu’elle soigne un bébé abandonné dans une poubelle. Qu’il y ait mise en abyme ou non là-dedans, l’important est qu’Addie n’a absolument rien de réjouissant auquel se raccrocher et la plongée dans la dépression semble s’amorcer.
Sa réaction est plutôt bien amenée mais un détail m’a fait tiquer : si le coup de l’objet accroché sur le mur est à applaudir, la manière dont elle l’a eu entre les mains est suspicieuse. Addie est-elle entrée dans une des salles de l’hôpital, y a trouvé une petite culotte et s’est dit « Oh mon dieu, il y a l’odeur de mon mari dessus ! Je vais emmener la preuve qu’il vient de me tromper (ou qu’il se travestit) puis la laver parce c’est quand même dégoûtant » ? Mon initiatrice à GA me suggère que peut-être un McVoleur de Petites Culottes a ramené l’objet du délit dans ses affaires. En tout cas, c’est très tiré par l’élastique et une indication en une phrase n’aurait pas été du luxe.
Les dialogues ne sont pas le fort de la série (y’a-t-il encore quelqu’un qui écoute les monologues affligeants de Meredith ?), mais il y a une phrase énoncée par Derek que j’ai trouvée particulièrement intéressante. Celui-ci confie à George qu’il vaut mieux avouer ses sentiments à celle qu’il aime avant qu’un autre homme ne vienne se mettre entre eux. On pense évidemment de suite qu’il fait référence à sa relation avec Meredith, compromise par Finn. Mais il s’agit peut-être aussi d’Addison, qu’il a apparemment délaissée, la conduisant ainsi dans les bras de Mark. Comme quoi les scénaristes sont parfois capables d’en dire long avec du court.
La très bonne nouvelle de cette saison est que Sara Ramirez devient régulière dans le rôle de Callie. Ce qu’il y a d’appréciable chez elle n’est pas qu’elle a un fort caractère, ni un physique qui change des brindilles environnantes, mais plutôt qu’elle a détesté d’emblée Meredith. Je ne dis pas cela parce que je partage ce sentiment, mais plutôt parce que cela m’a toujours paru anormal qu’elle soit aimée de tous, y compris de la femme de son amant. C’est tout bonnement impossible.
Bien sûr, la jalousie de Callie envers Meredith n’est plus et elle semble s’adoucir pour faire plaisir à George, avec qui son histoire avance doucement mais sûrement. Pour l’instant, ce dernier choisit de ne pas dire à Callie qu’il l’aime afin de lui faire plaisir, selon les conseils du type qui ne sait jamais ce qu’il veut et foire toutes ses relations. Voilà une réaction très intelligente, qui prouve une fois de plus que George est l’un des personnages les plus honnêtes et les plus intelligents du groupe.
Callie et Finn sont deux petits nouveaux loin de l’égoïsme ambiant, qui n’hésitent pas à apporter leur soutien à une personne qu’ils connaissent à peine, sans pour autant en faire des tonnes afin que leurs amants remarquent leur énorme générosité. Leur donner une scène ensemble marque bien leur statut à l’écart des autres (pour le moment) et permet à Callie de formuler haut et fort le problème inhérent à tous les apprentis docteurs : après huit ans d’études intensives, ils sont tous socialement retardés. Ce qui explique leur comportement d’ados capricieux. Les newbies de Scrubs avaient mis moins de temps à nous le faire remarquer, mais mieux vaut tard que jamais.
Du côté de Criston, rien de nouveau à l’horizon. Cela fait deux ans que Cristina nous fait le coup du glaçon montrant à l’occasion un minuscule signe d’attachement, et elle n’est pas prête d’évoluer. Pour cette fois, elle sort à Preston la plus rabâchée des phrases sentimentales : « Ne meurs jamais ». Que voulez-vous répliquer à une phrase aussi stupide ?
Mais venons-en à la storyline qui nous a donné le plus envie de revenir. Denny est mort et Izzie a démissionné, après avoir avoué l’énorme faute professionnelle commise dans 17 Seconds. La question qui nous brûlait les lèvres était donc : quelle excuse pourrait bien trouver Shonda Rhimes pour la faire revenir à l’hôpital ? « La colocataire dépressive » ne peut être un rôle passionnant durant toute une saison et Katherine Heigl doit rester dans la série. Il faut qu’elle reste. C’est bien la première fois en quinze ans de carrière qu’elle trouve un rôle la mettant en valeur, gagnant ainsi le respect de...ben, tout le monde. Elle prouve ici une fois de plus qu’avec un bon script, elle fait des merveilles, puisque les larmes me sont montées aux yeux à chacune de ses apparitions. La déprime d’Izzie ne fait pas dans le spectaculaire puisqu’elle reste simplement par terre, une partie d’elle étant morte avec Denny (je sais, c’est beau comme du Baudelaire). S’ajoute une colère bien placée envers les discours censés la réconforter, qui font que son comportement sonne d’autant plus juste.
Izzie est un personnage attachant (n’en déplaise à Drum, mais je continuerai à dire qu’il s’est planté sur l’interprétation de ses réactions) et sa détresse est d’autant plus touchante. Si son geste final n’est pas surprenant, ne pouvant rester dix épisodes par terre, l’absence de précipitation quant à sa réintégration au Seattle Grace Hospital est une bonne chose. Rien n’est réglé d’un coup de baguette magique, que ce soit pour Izzie ou pour Meredith.
Parallèlement, il se passe tout de même quelques évènements à l’hôpital : le bébé dont on apprend vite quelle gamine est responsable et un risque de contamination où Steve Harris joue remarquablement (comme à son habitude) les guests. Si ces deux intrigues ne sont pas suffisamment exploitées pour susciter un grand intérêt, la deuxième sert au moins de prétexte à réunir de force George et Derek. La mise en quarantaine est un procédé usé jusqu’à la corde pour rassembler des personnages sans beaucoup d’interactions à l’ordinaire, mais ce moment ne dure ici pas assez longtemps pour devenir lourd.
Cela permet également à Miranda de dévoiler ses sentiments sans passer par la case Confessions. S’il y a bien une réaction à laquelle je ne m’attendais pas, c’est la sienne, puisqu’elle se sent coupable de la mort de Denny. A force de voir Izzie s’occuper de lui, j’avais fini par oublier que la responsable était l’intendante en chirurgie. Les répercussions de cet événement sont autant au niveau affectif que professionnel et la dépression de la jeune interne perd toute impression de cas isolé, ce qui donne plus d’ampleur à cette tragédie.
Le seul point un peu gênant de cet épisode se trouve dans les flashbacks, qui ne font qu’illustrer des faits déjà à notre connaissance. Ces scènes sont simplement là pour appuyer les états d’âmes des personnages, puisqu’il s’agit de moments déterminants qui les ont conduits à aujourd’hui. Qui plus est, la scène de dispute du couple Shepherd souffre de dialogues pathétiques et est particulièrement mal jouée, y compris par la d’habitude impeccable Kate Walsh. On sent tout de même une volonté de récapituler certains points essentiels de l’histoire aux novices, ce qui n’est pas une si mauvaise idée étant donné le changement de case horaire de la série (un changement bénéfique, comme l’a démontré l’audience de cet épisode). Mon opinion est donc assez mitigée quant à l’intégration de ces passages.
Majoritairement situé en dehors du SGH, ce season opener fait donc office de transition en remettant tout à plat. Si ce parti prit peut décevoir ceux qui auraient souhaité un démarrage en grandes pompes, je le considère pour ma part très bien calculé de la part de Shonda Rhimes et j’apprécie cette respiration, après le triptyque éprouvant de fin de saison 2. A l’image d’Izzie se relevant enfin, GA a digéré lentement la somme des événements récents et peut maintenant repartir de plus belle. Comme tu dis, Meredith : il est temps.