I Am a Tree: Serviette et petite culotte
Les flirts dans l’ascenseur sont de retour, ainsi que le papotage devant la salle d’opération (avec un tel niveau d’attention, faut être fou pour accepter de se faire charcuter par eux). Ça bouge dans tous les sens, les discussions reprennent des airs de parties de ping pong, les cas médicaux font concurrence avec ceux de Nip/Tuck, et tout le monde se retrouve du même avis : cet épisode est excellent.
Je pourrais m’arrêter là mais on me demande de développer une argumentation, alors allons-y dans le pourquoi c’est excellent et accessoirement ce qu’il se passe.
Son état végétatif terminé, Izzie se lance dans une hyper activité qu’elle projette dans la confection de muffins. Pour l’instant sans objectif, elle s’occupe néanmoins le corps et l’esprit à travers une activité quelconque, qui offre un petit côté légèrement décalé, contrebalançant doucement avec l’atmosphère lourde de l’épisode précédent (en ce qui la concerne). Sa déconnexion par rapport à l’effervescence alentour n’en paraît que plus étrange lorsqu’elle croise la route de l’autre femme désespérée de Seattle. Mais sa détresse n’est pas montrée d’un coup comme un élément comique, elle est simplement moins appuyée pour laisser place à sa remontée à la surface, enclenchée par l’intervention de Miranda.
Miranda redevient enfin Bailey, mais au lieu de sombrer dans la caricature d’elle-même, elle exprime ses faiblesses face à Izzie et assume sa responsabilité dans une scène ou Chandra Wilson brille une fois de plus. Sa grossesse n’a pas été qu’un élément imprévu incorporé sans conséquence mais bien un fait déterminant, puisqu’il a servit à la direction de l’intrigue et a modifié le comportement de son personnage. Avoir géré la situation aussi remarquablement est une réussite de la part des scénaristes, tant l’exercice est difficile (même la Whedon Team a eu du mal. C’est dire).
La résolution du problème peut paraître simple pour le moment : allez hop, on va régler ça en suppliant le Chief. Sauf qu’il ne s’agit que de paroles en l’air de la part d’un mentor prêt à tout pour aider son élève, et surtout pour lui faire croire qu’elle peut s’en sortir. Au stade actuel, la lueur d’espoir dans quelque domaine que ce soit de sa vie est un progrès énorme pour une personne dépressive. Redevenir médecin offrira à Izzie un but dans la vie, une raison de continuer à avancer. Mais j’ose espérer que sa réhabilitation se fera non sans quelques difficultés. Ce qu’elle a fait est illégal et elle ne devrait plus avoir le droit de pratiquer, mais il n’est pas dans l’intérêt de l’hôpital d’admettre que deux de leurs médecins sont responsables d’avoir délibérément risqué la vie d’un patient, afin qu’il reçoive un cœur. Il y aurait de fortes chances que la famille de la personne à qui ce cœur était destiné en premier lieu leur colle un procès. Et ce ne serait que le haut d’une longue liste de problèmes.
Le troisième larron mêlé à cette storyline est Alex, qui fait dans la contradiction en poussant Bailey à parler à Izzie, mais tentant par ailleurs d’oublier cette dernière dans les bras d’autres femmes. Il semble qu’il se soit fait une raison mais nourrisse cependant toujours des sentiments envers elle. Qui plus est, macho man nous gratifie d’une réflexion féministe très appréciable venant de la bouche d’un homme. A part cela, il est plutôt discret.
Pour tous les autres, il n’est question que de relations de couples.
> Celle naissante de Callie et George est toujours en phase de doutes, sur l’attachement sentimental de l’autre ou sur sa fidélité. Le sexe contre les sentiments, encore et toujours.
Callie couvre Meredith, ce qui me déçoit considérablement, de plus cette dernière ne prend même pas la peine de la remercier. En revanche, Callie le fait en grande partie à titre égoïste, ce qui la rattrape un peu. Parce que c’est une réaction plus touchante qu’énervante. George ne lui a toujours pas dit qu’il l’aime, mais un peu de jalousie masculine est un très bon moyen pour une fille de savoir que son copain tient à elle. Après, évidemment, cela ne doit pas tourner au maladif chez lui. Mais s’il se fichait qu’elle aille voir ailleurs, cela ne serait pas bon signe du tout. L’honnêteté est véritablement le point fort de ce couple, qui se retrouve désormais à vivre sous le même toit. Ils sont adorables, pas tête-à-claques pour un sou... et il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps. Certes, ils offrent un peu de tranquillité non négligeable à côté des drama queens, mais ce n’est pas une raison pour s’endormir sur leurs lauriers pour autant. Un petit moment de leur cru digne de la syphilis ou des ébats ratés ne sera pas de refus.
> Celle de longue date entre Cristina et Preston voit l’arrivée des beaux-parents.
Si le père est totalement effacé, comme son fiston (on va dire que pour lui, c’est l’effet des drogues), c’est le clash entre la mère et la petite-amie qui vient mettre un peu de peps à l’ensemble. Cristina se prend ses quatre vérités en pleine figure et c’est absolument jouissif. Mama Burke ne fait jamais dans l’excès, se tenant toujours à la limite de la caricature de la belle-mère coincée et démoniaque, et fait preuve d’une grande classe. Les raisons de sa possessivité maternelle sont clairement exprimées et tout à fait compréhensibles. Il n’y a rien à redire, elle fait parfaitement remarquer le manque de consistance de la relation de Cristina et Preston, qui ne peut les mener très loin. Sa réflexion justifiée sur le surnom de Bailey, c’est la cerise sur le gâteau. Enfin un peu de remise en question pour la personne la plus insupportable après MerDer. Même si, ne nous faisons pas d’illusions, Cristina trouvera toujours un moyen de se complaire dans sa pseudo-perfection.
Celle-ci finit donc par faire un petit geste pour se rattraper. Encore. Arrivera-t-elle un jour à faire quelque chose de conséquent dans sa relation et sans qu’on ne soit venu le lui réclamer ?
> Celle du Chief et de sa femme va de plus en plus mal, ce dont on se fiche assez, même s’ils sont très sympathiques hein.
Le Chief devient ainsi un excellent confident pour Addison comme pour Derek, connaissant trop bien leur situation. Mais ses soucis personnels ne nous intéressent pas plus que cela.
Côté patients, le cas très banal d’une femme atteinte de cancer alors qu’elle a toujours vécu en se privant est une manière de montrer l’ironie du sort. Manger ce que l’on aime, faire des folies telles que coucher avec le beau docteur dans les toilettes d’un bar, en somme faire ce que l’on veut avant de se soucier des conséquences, c’est profiter de la vie. C’est en tout cas la leçon qu’on semble nous donner aujourd’hui, jusqu’à ce qu’on retrouve à côté le couple Shepherd, qui ne regarde jamais plus loin avant d’agir. La morale claire et nette n’est donc pas l’apanage de la série et son slogan « shades of grey » fait plus que jouer sur le titre ou le nom de l’héroïne.
On trouve aussi le patient bizarre du jour, au tronc d’arbre planté dans le torse. Il ne s’agit d’un cas intéressant ni sur ce qu’il apporte aux personnages, ni sur le plan strictement médical puisqu’un cas assez proche avait été bien mieux traité auparavant (les deux personnes attachées l’une à l’autre par un énorme morceau de métal). Quant au formidable Peter Paige (de Queer as Folk US), il incarne un homme atteint d’une tumeur le poussant sans aucune retenue à dire ce qu’il pense. Cela créé quelques échanges comiques, qui auraient cependant pu être bien plus mordants, ainsi qu’une remarque très maladroite de Cristina sur le bien-fondé du mensonge. Plus développée et sortie de la bouche de quelqu’un d’autre, elle m’aurait moins gênée. Mais passons.
Venons-en enfin au love pentagone maudit.
Meredith prend sa vie en mains, à défaut d’une bouteille de tequila, et décide d’avoir de vrais rendez-vous avec Finn et Derek (en opposition à « juste coucher avec eux puis passer au suivant »), afin de pouvoir déterminer lequel elle préfère. Sage décision. Non, vraiment, c’est peut-être la réflexion la plus intelligente qu’elle ait eue en deux ans, alors cela mérite des applaudissements. On ne base pas une véritable relation uniquement sur l’alchimie physique, d’autant qu’il y a la fin d’un mariage en jeu. Ceci étant dit, à sa place je choisirais Finn, il a l’avantage non négligeable d’être veuf, ce qui signifie une voie libre et pas de pension alimentaire à déverser. Eh, faut être un peu pragmatique dans la vie ! Une question fondamentale me torture néanmoins : pourquoi tous les personnages affirment-ils que Meredith est blonde ? Auraient-ils des problèmes de vue, en plus d’être des ados attardés ? (dixit Callie)
Quant au mystère de la culotte noire, il est enfin résolu : c’est bien McPervers qui avait embarqué la lingerie, avec l’intention inconsciente que sa femme la trouve, afin de mettre un terme définitif à son mariage. Et les réactions d’Addison qui s’en suivent sont parfaitement dans la logique du personnage. Après avoir noyé son chagrin dans l’alcool et la nourriture, comme toute femme qui se respecte, elle finit par trouver refuge au même endroit que la dernière fois que Derek l’a rejetée : dans les bras de Mark. Oui, McSteamy est de retour ! Et tout nu en plus ! Best. Moment. Ever. (Shonda est officiellement la meilleure amie des filles et des gays. Pas encore celle de Drum, mais on y travaille).
Dommage que ce passage ait été gâché par ce dédain affiché par Derek, tout son visage semblant dire qu’il n’a aucune raison de se sentir coupable et que tout est de sa faute à elle, cette chose sans cœur là, la preuve elle recommence sans aucun état d’âme. Et cette attitude m’agace au plus haut point. Shepherd prouve une fois de plus qu’il est totalement aveugle et ne prend aucune responsabilité dans l’échec de son mariage. Si l’adultère d’Addison a véritablement enclenché la rupture, c’est parce que leur couple était déjà sur la mauvaise pente. Cet égocentrique incapable de compassion mérite vraiment d’être avec Meredith. Cours Finn, cours avant de devenir comme eux !
Cette séquence finale représente à mes yeux ce pour quoi j’ai fini par énormément apprécier la série, et je ne parle pas du fait que la serviette de McSteamy le couvre à peine (les beaux mâles, c’est le bonus). Après avoir voulu jouer au drame sérieux rempli de profondes réflexions sur la médecine, comme le faisant ER auparavant, Grey’s Anatomy a fini par se lâcher et assumer pleinement son côté grand vaudevillesque, dans lequel elle excelle. Et tant que Shonda nous fera crier des « Ciel ! Son amant est dans la salle de bain pendant que son mari vient lui annoncer qu’il la quitte pour sa maîtresse ! », le divertissement sera total.
Mais faudrait quand même voir à pas nous sortir tout l’album de Snow Patrol à chaque épisode. La pub, c’est le maaaal.