N°182: Sponsorisée par les Cauchemars
29 janvier 2012
Episode Semaine
Il faut qu’on parle de Fringe
United Colors of Conundrum
Fringe est une série étrange. A ses débuts, c’était une série prétentieuse avec des personnages froids et/ou antipathiques. En trois ans, la série s’est profondément transformée.
D’un côté, grâce à une mythologie familiale bien trouvée et l’impeccable John Noble, le père et fils Bishop on réussi à ancrer la série et à nous fournir un fil rouge sur lequel on pouvait se reposer lorsque le reste de la série nous rendait limite narcoleptique.
De l’autre, l’introduction d’une autre dimension n’a pas été qu’un simple gimmick ou une percée vers de la pure SF pour satisfaire la partie la plus geek de son audience. Elle a permis à Olivia de faire un travail d’introspection et de rendre son personnage (et son interprète) plus nuancée et chaleureuse.
En trois ans, Fringe est devenue une série de science fiction intelligente avec un trio de personnages auxquels nous nous sommes vraiment attachés. Du coup, on en a beaucoup, beaucoup parlé l’année dernière. Depuis la rentrée, et ce finale si pénible, il n’y a plus grand chose au sujet de Fringe sur pErDUSA. Ju a expliqué ce qu’il pensait de la nouvelle saison (elle est nulle), mais jusque-là, sans partager son avis, mon silence sur la série vient du fait que j’ai eu du mal à expliquer mon point de vue sur cette première moitié de saison.
Pour faire simple, elle ne m’intéresse pas du tout.

Contrairement à Ju, je trouve les épisodes plutôt plaisants à regarder, je ne m’ennuie pas comme à la belle époque de la saison 2, mais je ne suis plus aussi enthousiaste qu’en début de saison 3.
Les épisodes sont bien ficelés, il y a quelques petits mystères qui m’intriguent mais je n’arrive pas à m’impliquer totalement dans la saison. Je lui fait exactement le même reproche qu’au final : à quoi bon s’impliquer dans la vie de personnages qui ne sont pas ceux que l’on suit habituellement ? Olivia peut mourir mais peu importe puisque la Olivia que nous suivons est ailleurs. Broyles est peut-être un cylon, mais peu importe puisque qu’il n’est pas le grand monsieur tout maigre de The Wire. Walternate peut être sympathique, mais ce n’est pas l’antagoniste de notre série.
Peter dans une version différente de notre monde était déjà le principe de l’immonde final de la saison 3. Que ce soit un futur hypothétique ou Earth 2 Bis Prime, il n’y a au final que peu d’intérêt. Olivia, l’an dernier, a passé une bonne partie de la saison dans une autre dimension, mais il y a avait deux différences de taille. La première est nous suivions ce qui se passait avec les autres personnages de notre série. La seconde est qu’elle permettait à notre Olivia de voir ce qui lui manquait dans sa vie.
En plus de cela, nous avions le cadeau bonus de la double maléfique qui prend la place de notre héroïne. Arrivé à la fin du premier tiers de la saison, les scénaristes ont, à juste titre, recentré la série sur notre univers. Actuellement, dix épisodes dans la saison, nous n’avons toujours pas de signe de notre Walter ou de notre Olivia. A la place, nous avons le droit à deux nouvelles versions de chacun de personnages réguliers de la série et on ne sait toujours pas ce qui se passe dans notre Fringe au générique bleu.
Non seulement le téléspectateur s’en rend compte, mais le personnage central de cette saison, Peter, aussi.
Peter refuse de s’impliquer dans la guerre entre ces mondes puisqu’il ne s’agit pas des siens. Il se retrouve à l’écart des intrigues où il ne sert que de source d’informations pour les réguliers de cette série qui n’est pas la notre. Les scénaristes l’exilent plus encore en choisissant de nous montrer ces nouveaux mondes par le regard de Lincoln ce qui détruit un peu plus l’intérêt du personnage pour moi.
A la base, Lincoln était un personnage original et uniquement présent dans le Fringe du générique rouge. C’était une excellent idée car elles renforcent les différences et l’identité propre des dimensions car jusque là, nous n’avions le droit qu’à des versions alternatives de notre Fringe. Malheureusement, les scénaristes n’ont pas su résister à l’idée de nous montrer qui était Lincoln dans notre dimension. Au final, ce n’était qu’un épisode et cela renforçait l’idée que Lincoln n’appartient au monde de Fringe que dans une dimension bien spécifique. Cette saison, on nous réintroduit une nouvelle version du personnage a qui on retire son principal intérêt (à savoir, de n’être que le produit d’événements qui ne se déroulent que dans une dimension).
Tout n’est pas inintéressant dans cette saison. Nina redevient un personnage mystérieux et j’aime l’idée d’un version de Broyles qui n’est pas aussi droite que dans les univers que nous suivons. J’espère juste que les scénaristes ne choisiront pas le chemin de la facilité en faisant de ces deux personnages des Transformistes. Parce que s’ils ne s’amusent pas avec des personnages qui ne servent à rien dans le grand schéma de la série, ce début de saison 4 est une pure perte de temps.
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On a tendance à l’oublier, mais HBO n’est pas réputée que pour ses séries de qualité. C’est aussi une chaine qui finance de nombreux documentaires, dont un qui me fait oublier les fictions temporairement, tant il m’a marquée.
Il y a à peine deux semaines, la chaine diffusa Paradise Lost 3 : Purgatory, dernier opus d’une série de documentaires suivant une affaire criminelle étalée sur maintenant deux décennies. Au delà d’une vision effarante du système judiciaire américain, il s’agit d’une expérience émotionnelle assez terrible ainsi que d’une dévotion journalistique exemplaire.
S’inscrivant dans la lignée du célèbre film de 1988 The Thin Blue Line, dont le travail d’investigation permis de rouvrir une enquête et libérer un homme faussement accusé de meurtre, le premier Paradise Lost est diffusé en 1996 sur HBO et crée le doute de tout un pays concernant un procès extrêmement douteux.
En 1993, trois enfants de West Memphis sont retrouvés tués et mutilés dans les bois. Dans cette ville extrêmement religieuse, il s’agit forcément d’un rituel satanique. Tous les doigts pointent d’emblée en direction de Damien Echols, un ado "bizarre" ayant le malheur d’écouter Metallica et de s’habiller en noir au milieu du trou-du-cul du monde. Jason Baldwin a la malchance d’être son meilleur ami. Le troisième garçon accusé, Jessie Misskelley, est attardé mental et facile à manipuler vers une fausse confession. Le procès est une chasse aux sorcières vite expédiée et Damien le "leader sataniste" est condamné à exécution.
Voilà commence un film qui croyait avoir déjà trouvé sa fin, mais ne fait qu’ouvrir les portes à des décennies d’enquête toujours non résolue.
Ce premier film permet aux deux auteurs comme au reste du monde de se pencher plus prêt sur les éléments du procès et tirer des conclusions qui s’imposent : il est juste impossible que Damien, Jason et Jessie aient le moindre lien avec ces meurtres. Suite a cela, un groupe de soutien se crée et l’enquête est relancée de façon privée. La machine semble se mettre en marche. De nouveaux éléments sont apportés au fil des années, les supporters grandissent, les avocats et experts criminels offrent volontairement de leur temps. Les demandes de Mise en Appel se succèdent. Et un deuxième film se fait nécessaire pour ramener les regards sur leur situation. On est en l’an 2000.
Flashforward 18 ans après les faits : les ados surnommés les West Memphis 3 rôtissent toujours en prison.

Purgatory, le troisième et dernier en date, est un film pouvant se suffire a lui-même, car il reprend tous les éléments nécessaires de cette histoire, de l’enquête immédiate à l’impact des films, jusqu’aux images récentes. Il ne s’agit tout de même pas de faire un travail exhaustif, mais principalement de ramener l’attention sur l’affaire et l’aider une fois de plus à progresser.
Le film est découpé en différents chapitres très clairs et possède un rythme bien plus fluide que les précédents. Chaque moment porté sur un aspect scientifique ou juridique est amené de façon très compréhensible pour le spectateur moyen, et la progression de l’enquête est en soit simplement passionnante.
Mais celle-ci ne noie jamais l’histoire humaine qui est le coeur du propos. Les auteurs ont passé trop de temps avec leurs sujets pour être détachés émotionnellement. En témoignent les cinq premières minutes avec la vision extrêmement difficile des cadavres mutiles. Un véritable coup de poing au cœur qui ne partira pas jusqu’à la dernière image. A partir de la, on sera face à une tragédie qui n’en finit pas.
Les vieilles images des trois accusés, mises en parallèle avec le présent, prennent un gout amer. Jason, à 16 ans, déclare avec naïveté que tout ira forcément bien parce qu’il est innocent et qu’il suffit simplement de regarder les preuves pour le voir. Jessie se prête a rêver qu’il sortira bientôt pour épouser sa petite-amie et fonder une famille. Cela n’arrivera pas. Damien n’a pas vu son fils grandir, ni même la lumière du jour en près de dix ans. Malgré tout, l’espoir est toujours la, à petites doses. Damien s’est même marié.
L’une des grandes forces du film réside dans le changement le plus radical parmi toutes les personnes impliquées : celui du père d’une des victimes, John Byers. Cet homme fut leur opposant le plus vocal. Un père hystérique face au drame, un redneck caricatural profanant sa haine sous formes de déclarations bibliques, qui ne s’est jamais caché des cameras et a permis malgré lui d’instaurer le doute sur le vrai coupable. Après 18 ans, Byers est le plus fervent défendant des WM3 et la plus belle proclamation de leur innocence.
Il y a également un nouveau suspect en liste, et cette fois-ci les éléments sont solides. (NB : West of Memphis, un film tourné en parallèle et sur le point de sortir en salles, arrive aux mêmes conclusions). Mais surtout, contre toute attente, un évènement inattendu se produit durant le montage et permet enfin de finir sur une note positive. Et encore, c’est très relatif, car le marché conclue pour les faire sortir est aussi abjecte que tout le reste.
Ce n’est pas non plus fiesta et cotillons de les voir trembler comme des animaux perdus, tant ils ont été coupés de tout. Le regard de Damien me hante. Je crois qu’il ne sait plus comment sourire.
Cette affaire est franchement une aberration d’un bout a l’autre, juste enrageante a l’extrême.
Les vies de six garçons ont été brisées et un meurtrier est toujours en liberté. Il n’y a pas de consolation, pas de sentiment de justice finale. Les six victimes totales et leurs familles ne trouvent pas un peu de paix et encore moins de justice. Aucun des nombreux responsables de ce gâchis n’est puni d’une quelconque façon. Il reste encore pas mal à faire, comme de laver définitivement les noms des WM3. Toujours de façon privée, bien sûr, car l’affaire est close pour les autorités depuis 1993. Espérons qu’il ne faudra pas attendre encore une décennie pour voir tout cela dans un Paradise Lost 4.
Il est tout de même incroyable de se dire que sans HBO, Damien Echolls serait mort à l’heure qu’il est.
Avec leur libération, deux films cette année, et maintenant une nomination aux Oscars pour Purgatory, les West Memphis 3 créent un nouveau regain d’intérêt, et je ne serais pas étonnée que Law & Order ou The Good Wife fassent des parallèles subtiles très prochainement. Mais si vous avez le cœur assez solide, je vous conseille sincèrement de vous intéresser d’abord à l’histoire de ces vraies personnes (Jetez donc un œil à la discussion post-sortie).
Des fois, il est bon de se rappeler que la realité peut être plus forte que la fiction. Même si ce que cela implique est d’autant plus terrible.